Mise à jour de cet article publié en février 2013 : Krismenn a publié le témoignage de Loeiz Ropars sur le fest-noz qu’il avait recueilli en 2004. Une vidéo de 45 minutes a consulter ici.

Breton, imaginez ; un de vos grands-oncles, collectionneur, décède et vous lègue une collection de tableaux. Dans cette masse de toiles, la grande majorité est assez récente et de styles très différents, il y en a de tout pour tous les goûts et de qualité très inégale ; puis, de-ci de-là, des œuvres très anciennes, assez peu, mais très vieilles. Que faites-vous, vous traitez le tout avec un soin ou une absence de soin égal ou sélectionnez-vous ce qui vous apparait être le plus important, sachant que vous ne pourrez pas tout préserver ? Tout ce qui est récent n’est pas à jeter, mais les plus vieux tableaux sont passés par les filtres du temps et leur valeur n’en est que plus probable, le reste est surtout effet de mode appelé pour la plupart à se démoder. Dites-vous qu’une des toiles très anciennes a subi il y a peu une restauration à l’Espagnol (comme le Christ de Borja), il est plus que temps de corriger cet outrage ou ne rien faire s’il est trop tard ? Finalement, c’est vous qui avez à choisir, garder des œuvres de style pompier, des créations contemporaines ou faire des choix plus éclairés. Pas facile, mais c’est à vous que cette lourde tâche incombe et personne ne vous y aidera !

Collision

Le 6 février 2013, un certain Saint-Icare, en fait, un sonneur de biniou costarmoricain jouant habituellement en couple et pouvant faire état d’un beau kilométrage, à publié un pamphlet sur le devenir du fest-noz qui s’éloigne parfois beaucoup de la manifestation originelle. Il y fustige des contrôles divers, des réglementations en tout genre, une tendance à tout organiser, dont la programmation des danses, à supprimer toute initiative aux musiciens et danseurs, une chasse à l’alcoolémie et un besoin de répondre aux demandes les plus paradoxales des « clients ». Il souligne entre autres les critiques de certains danseurs lorsqu’une même danse revient plusieurs fois dans la soirée, ce qui était la norme il y a peu. Une suite à ce pamphlet a été publiée ce jour.

Le lendemain, j’ai eu connaissance d’un texte réservé aux responsables d’associations rennaises dont l’auteur est musicien d’un groupe produisant une musique « colorée » par des sonorités étrangères (Europe centrale et autres), une musique pas vraiment orthodoxe. Pour lui, le fest-noz n’étant pas en bonne santé, il propose une réunion (le 22 février 2013) afin de le redynamiser et de porter remède à cette fâcheuse tendance. Il pointe certaines des observations précédentes, mais en sens inverse, suggérant de répondre favorablement aux demandes des danseurs qui recherchent avant tout la diversité.

Le même jour, j’ai appris qu’un amateur de fest-noz d’une trentaine d’années, très impliqué dans la préservation de celui-ci, allait essentiellement en fest-noz pour écouter des groupes de musiciens, trouvant parfois la danse superflue. Il est clair que tous n’ont pas la même vision de ces fêtes, c’est le moins que l’on puisse dire. Avant de poursuivre, voyons d’où l’on vient et commet en est-on arrivé là

Le Fest-noz

C’est avant tout une fête paysanne qui est issue du Kreiz-Breiz, c’est-à-dire une partie du Centre-Ouest de la Bretagne ; ils s’agissaient de gens très pauvres et solidaires entre eux, ce qui explique probablement pourquoi ils ont conservé plus longtemps qu’ailleurs une forme de danse ancestrale, la ronde. Ces rondes étaient accompagnées par les chants en breton des danseurs, parfois, mais plus rarement, par des couples de sonneurs. Ces personnes dansaient le plus souvent possible, bien que l’on ait surtout insisté sur les soirées après les moissons, le ramassage des pommes de terre ou les mariages. Ils étaient capables de parcourir à pied ou à vélo de grandes distances pour aller danser. La danse, je le rappelle, était la ronde fermée, j’insiste, et les danses étaient la Gavotte (ou Dañs Tro, synonyme d’An Dro ou de Tour ou… de Ronde), le Plinn et la Dañs Fisel (qui est une gavotte) ; la gavotte ne se dansait en chaine que lorsqu’il y avait trop peu de danseurs pour fermer la ronde.

D’autres petits secteurs avaient aussi conservé leurs danses, tel le pays Kost-ar-c’hoat, le pays Pourleth, certaines régions du Vannetais, le pays Pagan, pays du Coglais, tout au nord-ouest de la Bretagne et d’autres localisations, mais très discrètes et ne concernant que les paysans. Les citadins et les habitants des centres-bourgs villageois, commerçants et notables, n’avaient aucun intérêt pour ces choses-là, ils n’avaient même que du mépris pour ces rustres de paysans qui, pour couronner le tout, baragouinaient. Oui, ceux sont les mêmes, les plus démunis, qui ont préservé et pratiqué les danses, les chants et les langues oubliés ailleurs ! Cette culture bretonne maintenant confisquée et trop souvent dénaturée par les urbains.

Fest-Noz d'Antonio

Extraits de témoignages de Loeiz Ropars

En 2004, Christophe Le Menn a recueilli par trois fois le témoignage de Loeiz Ropars et ces enregistrements ont été présentés à Poullaouen, lors d’une des réunions préparatoires à la demande d’inscription du Fest-noz au patrimoine immatériel de l’humanité de l’UNESCO, le 6 juin 2010. Voici quelques extraits de ces interventions en français, une partie de cet entretien est en breton et je n’ai retranscrit que les parties relatives à notre sujet :

Dans les années 30, le kan ha diskan était tombé en désuétude (à Poullaouen).

En 39, il a croisé un mainteneur, un chanteur et danseur, Pierre Viven né en 1916, qu’il a vu chanté et dansé avec son oncle vers 1934-35, mais c’était exceptionnel dans la commune. Il insiste sur la véritable coupure entre les années 20 et 30, ce que certains ne veulent pas admettre. J’ai vu un fest-noz traditionnel chez mon grand-père en 1928, après une journée de battage ; ce qui m’a frappé, c’était le « recueillement ». J’ai même vu un de mes oncles qui menait une danse et qui s’avançait vers moi et je me suis dit : « il ne me voit pas ! » Une différence avec ce que l’on voit maintenant, parce que c’est bruyant et ce qui manque, c’est l’écoute

En 30 ; il ne restait que la Dañs ar Bocquet pour tous les mariages, pas un mariage ne quittait la messe sans faire la ronde à la sortie de l’Église. Tout le monde entrait dans la danse, que l’on danse bien, que l’on danse mal ou que l’on ne sache pas danser, on ne rejetait personne. Par contre, le bal se faisait sur des chants français de l’époque, le chant en breton était réservé aux activités strictement rurales.

Dans les années 30, il a assisté à des manifestations ou des groupes folkloriques chantaient et dansaient, il y en avait deux groupes la première fois, puis quatre puis plusieurs.

Les jeunes se sont mis à chanter et danser pendant la guerre, en 1942-43.

Le 26 décembre 1954, nous avons organisé la première journée intitulée « Kan ha Diskan » ; je pensais que tout le monde aurait compris, mais non ! Six cents personnes ont quand même assisté à cette journée. Il n’y avait pas de sonorisation cette fois-là.

En 1955, il y avait beaucoup plus de monde, il a fallu faire deux salles.

En 1956, c’était bien, les chanteurs avaient repris l’habitude du chant, on avait atteint notre objectif, faire que des gens qui avaient chanté se remettent à chanter et prenne le plaisir de bien s’accorder à deux.

Le mot fest-noz, cela a été interprété de diverse façon, mais le terme n’avait de sens que dans les cantons de Carhaix, Hulgoat, Chateauneuf et Plévin ; du côté de Rostrenen on disait plutôt dañs-fest ou quelque chose comme cela. Certains croyaient que quand il y avait une fête la nuit, c’était un fest-noz, mais cela n’avait rien à voir, il y avait des gens sur scène. Non, cela désigne une chose précise, une soirée de danses chantées qui clôturée les journées de travail commun à la ferme. Nous, nous avons fait un fest-noz nouveau avec les gens qui pratiquaient le fest-noz traditionnel, mais on le faisait au bourg et dans une salle de danse. Il y avait autant d’adaptation à la vie moderne que de tradition dans ce fest-noz du renouveau. J’avais fait quelque chose de nouveau, j’avais demandé au chanteur de chanter devant un micro au lieu de chanter en dansant. Il n’avait l’habitude de chanter avec le rythme de la danse que s’il y avait des danseurs qui attendaient qu’on les fasse danser ; le kan ha diskan ne servait pas qu’à danser, il était employé dans toutes les circonstances de la vie, pour marcher, autour d’un verre, etc.

D’accord pour faire un vrai bal breton que l’on ne détourne pas de son objectif, ce que nous avons lancé à Quimper en 1958 et qui a bien marché pendant quarante années de suite. Ne pas se lancer dans des danses pour spécialistes de la danse, ça, c’est la mort du petit cheval ! Comment voulez-vous que la danse bretonne tienne le coup face au rock, aux raves ? Si on est parti comme cela, avec un nombre indéterminé de pas de danse de Bretagne, d’Auvergne, de partout ; le résultat, c’est que la participation diminue. C’est comme ce qu’on fait maintenant à Poullaouen (en 2004), ce que l’on voit maintenant, ce n’est plus un fest-noz.

En 1959 ou 60 ou 62, un cinéaste de Bruxelles est venu à Poullaouen, il nous a dit que c’était unique en Europe, parce qu’à votre fest-noz, il y a des jeunes et des vieux, des paysans, des étudiants, des artisans, des ouvriers, etc., et enfin des pauvres et des riches ensembles.

CLM : « Que pensez-vous des gens qui chantent avec un accompagnement musical ? » : Ce n’est pas défendu, je l’ai fait aussi, ce qu’il faut, c’est que la musique n’écrase pas le chant, l’accompagnement doit être au service du chant.

Avant, il n’y avait pas de vedette ; avec le micro, c’est dangereux, on devient quelqu’un, il faut être modeste.

Note à la suite de ce texte

À Poullaouen, la danse traditionnelle s’était éteinte vers 1930 ; mais les quelques rares témoignages que j’ai recueillis (devrais-je dire collecté pour faire plus sérieux ?), me porte à croire que ces danses étaient encore pratiquées autour de Callac, un des secteurs les plus reculés de Bretagne et, à mon avis, le vrai centre de gravité de ces pratiques.

Ce recueillement, qui m’a également été signalé par une vieille Bretonne, on peut encore l’observer lors de certains festoù-noz du Kreiz-Breiz.

Les chants en français des mariages qu’il signale sont ceux de la radio de Paris, les mêmes que sœurs Goadec chantaient avant de reprendre les chants en breton après 1955, selon Louise Ebrel (fille et nièce des sœurs Goadec) qui me l’a confié.

Les Frères Morvan parlent de festoù-noz familiaux tous les soirs, mais leur père ne disait pas « on va faire un fest-noz », il disait plutôt « maintenant, on va faire la danse ». Eux auraient toujours parlaient et chantaient en breton et dansaient sans interruption ; ils sont très proches de Callac.

Chants et danses étaient indissociables et les chanteurs attendaient que les danseurs manifestent leur envie de danser pour qu’ils commencent le chant ; aujourd’hui, pour certains, la danse est un épiphénomène presque gênant.

Fest-Noz Diwan

Comment en est-on arrivé là ?

Le problème que Loeiz Ropars soulignait, c’est bien cette multiplication des danses ; comment ceci s’est-il produit ?

Déjà, l’on sait que les Bretons émigrés à Paris se sont retrouvés autour des musiques, des chants et des danses à la suite des premiers festoù-noz. Par courtoisie ? Pour ne pas se fâcher ? Les uns ont dansaient les danses des autres ; chacun, par fierté ou orgueil, tenait à ce que la danse de son pays soit traitée à égalité avec celles des autres, quitte à aller chercher des danses improbables ou de création très récente. Des néodanses ont donc cohabité avec des danses dont l’ancienneté est incontestable.

À côté de cela, ce sont développés les cercles folkloriques dont le but était de briller sur scène. Très vite il est apparu que les danses simples de paysans, aussi originales et exceptionnelles soient-elles, ne pouvaient constituer un spectacle digne des scènes urbaines. Le besoin d’enrichir et de métamorphoser le répertoire est devenu nécessité. C’est alors que son apparu diverses chorégraphies, toutes aussi improbables les unes que les autres, telles les Gavottes Tinduff et de la Fontaine Blanche vers Plougastels (plus quelques autres qu’un très prolixe pharmacien de cette ville a créé dans les années 50-60), la Dañs Keff (années 60), l’Avant-Deux du Trégor (créé à Quimper vers 1960 !) en autres, et l’on connait souvent le nom des personnes qui les ont créés ou recréé. Le collectage a aussi parfois fait des ravages, puisque l’on trouve ce que l’on cherche…

Nombre de danses aux pas alambiqués, maniérés (telle la gavotte de Lanilis sur une musique pourtant âpre et somptueuse ?), les suites Trèger ou Glazik, peut-être aussi la version hachée du Passe-pied de Plaintel (un saut venant casser le rythme) et de nombreuses autres danses sont fort probablement des créations tout aussi récentes.

Pour évaluer la probabilité qu’une danse soit véritablement de tradition paysanne, une danseuse m’a mis sur la voie. Dansant un Tour à Gourin avec Jean Lallour, une de ces « élèves » était très fâchée parce que nous nous retournions à droite, puis à gauche en souriant à nos voisines ; la façon de danser extérieure au terroir du Tour qui est même celle le plus souvent enseignée. Çà, c’est une ronde de xxx (je ne sais plus), vous imaginez que l’on puisse danser toute une soirée la même danse comme cela, en souriant bêtement ? Eh oui ! ces danses étaient pour la plupart la danse unique ou principale d’un terroir et selon ce critère, combien de danses seraient acceptables ? On est certes à des années-lumière des fest-noz à 500 danses.

Là-dessus, c’est greffé un mépris pour les danses les plus anciennes, le Plinn que certains ne supportent plus, la Gavotte qui est massacrée, alors qu’il n’est pas accepté le moindre écart pour des danses « réinventées ». Si la Polka, la Valse et la Scottisch étaient dansaient dans les campagnes au début du XXe siècle, que sont venues faire dans le fest-noz la Bourrée, les Mazurcas, Valses écossaises, etc., et pires, les importations de Miss Pledge et d’Yvon Guilcher (fils de Jean-Michel), le Cercle Circassien, la Chapelloise ou la Cochinchine ? Manquait-on de danses en Bretagne ? En fait, on a tout mélangé, danses des campagnes et des villes, danses populaires et danses d’initiés.

Ensuite, se sont ajoutés les cours de danse, nombres de Bretons ne sachant pas ou plus danser. On commence par se réunir pour apprendre la danse, la réunion devient hebdomadaire, puis, comme c’est sympathique, on prolonge, on cherche d’autres danses et, le temps aidant, on accepte tout et n’importe quoi, uniquement pour le plaisir de se retrouver l’emportant sur le besoin de retrouver ses racines ou celles des autres, quitte à finir par danser la danse country !

Des structures « officielles » ont été créées, ont elles œuvré dans le bon sens ? Elles se sont multipliées, puis structurées, pour se professionnaliser enfin, et l’on constate une stratification et des tétanisations sur nombre d’approches. Aujourd’hui, il semble difficile de revenir en arrière et de libérer le fest-noz de ces emprises.

Fest-Noz Coat Favan 2008

Où est le problème me direz-vous ?

Aujourd’hui, les personnes extérieures qui découvrent le fest-noz ont de fortes chances d’être confrontées à ces festoù-noz pour initiés et, sauf si elles ont une attirance particulière pour ces académismes, elles se détourneront à jamais de ces danses qui étaient pourtant à l’origine totalement ouvertes et accessibles. Loeiz Ropars le signale bien pour les mariages, tout le monde entrait dans la ronde, ceux qui savaient bien danser, ceux qui dansaient mal et ceux qui ne savaient pas danser du tout.

Les Frères Morvan qui se trouvaient à l’intersection de trois terroirs de danse m’ont également affirmé avoir vu, dans la même ronde, danser Gavotte, Plinn et Fisel. Chacun dansait la danse qu’il connaissait, particulièrement les ouvriers agricoles qui se déplaçaient de ferme en ferme et n’avaient pas le loisir de se rendre au cours de danse chaque semaine ; pour eux, l’important était de « manger ».

L’esprit de la danse était totalement différend, ouverture et partage là où aujourd’hui l’on rencontre élitisme et repli sur son petit groupe. L’on m’a rapporté que des danseurs parmi les premiers issus de cours, avaient refusaient de danser avec des paysans du cru parce qu’ils ne dansaient pas assez correctement, alors que ceux sont ces paysans-là qui leurs avaient transmis la danse. Ces rigorismes, ces pompiérismes font totalement l’impasse sur l’origine des danses et attribuent, comme toujours, une survalorisation à la chose enseignée et au professeur ; le mal que peut produire cette société des loisirs où le ne sait plus quoi trouver pour « s’occuper. »

Un petit événement qui s’est produit lors d’un fest-noz de fin d’année illustre bien le genre d’ânerie que l’on peut rencontrer. Des sonneurs réputés entament une danse, une amie d’origine vannetaise suppute : « c’est un En Dro ». Nous commençons donc à danser un An Dro, puis des danseurs se sentant plus avisés décident que c’est un Kas a Barh, pourquoi pas ! Deux groupes de danseurs dansaient donc simultanément un An Dro et un Kas a Barh ; c’est alors que les sonneurs ont tenu à préciser qu’il s’agissait d’un Hanter Dro ! Pourquoi se torturé l’esprit et ne pas danser simplement, pour le plaisir, on se fout que ce soit un An Dro, un Kas a Barh ou un Hanter Dro, et pourquoi pas un Tour ! l’important étant de danser tous ensemble. Pourquoi ce rigorisme pour imposer une danse quand plusieurs sont compatibles avec une musique ?

Pour finir, il est courant que les festoù-noz soient programmés à la minute près, le respect du timing est capital ! Une prochaine manifestation festive est annoncée avec un bœuf programmé sur dix minutes, pas une de plus, pas une de moins, et il faut terminer à 2 h ; la définition sur Wikipédia : séance musicale improvisée, bravo pour l’improvisation !

Folklore, patrimoine et tradition

Depuis la première édition de mon livre, le fest-noz a été inscrit comme « patrimoine immatériel de l’humanité » par l’UNESCO le 5 décembre 2012. L’UNESCO a ainsi défini cette notion de patrimoine en 2001 : « On entend par patrimoine culturel immatériel les pratiques, représentations, expressions, connaissances et savoir-faire – ainsi que les instruments, objets, artefacts et espaces culturels qui leur sont associés – que les communautés, les groupes et, le cas échéant, les individus reconnaissent comme faisant partie de leur patrimoine culturel. “Ce patrimoine culturel immatériel, transmis de génération en génération”, est recréé en permanence par les communautés et groupes en fonction de leur milieu, de leur interaction avec la nature et de leur histoire, et leur procure un sentiment d’identité et de continuité, contribuant ainsi à promouvoir le respect de la diversité culturelle et la créativité humaine » (Wikipédia).

Notez l’ambiguïté : « Ce patrimoine culturel immatériel transmit de génération en génération », il ne s’agit donc pas ici de patrimoine au sens d’héritage, mais d’une notion plus précise que l’on nomme habituellement « tradition », car il est fait mention d’une notion de longue durée ; pourquoi alors ne pas avoir utilisé le terme de patrimoine ? Notons que ce patrimoine immatériel est très récent et nous verrons ce que l’UNESCO en fera à l’avenir.

Nonobstant cela, le fest-noz est assurément un patrimoine (héritage) et partiellement une tradition (ancienneté) dont les motifs de sa pratique ont partiellement disparu. J’insiste sur le partiellement disparu, car les paysans ne dansaient pas seulement après les moissons et autres travaux communs des champs, ils dansaient le plus souvent possible comme lors des foires, des marchés ou des fêtes de village (frères Morvan), ce à quoi ont peu assimilé certains festoù-noz actuels qui sont « La fête du village ». Avant de continuer, revoyons le sens de chaque terme.

Patrimoine : ensemble des biens hérités de ses ascendants ; bien de famille ou bien d’une société, c’est donc un héritage, qu’il soit récent ou ancien ;

Folklore : science des traditions, des us et coutumes et des productions culturelles non matérielles (croyances, rites, contes, légendes, fêtes, cultes, etc.). Ici, nous avons l’étude des cultures d’une société, soit une notion très proche de l’ethnologie et c’est abusivement que cela s’est transformé en spectacle costumé ;

Tradition : mode de transmission des coutumes, des opinions, des mœurs de génération en génération, avec une notion de longue durée qui est capitale.

Quoi qu’il en soit, l’UNESCO a labellisé le fest-noz tel que présenté dans le dossier, fest-noz qui diffère déjà beaucoup de ce que Loeiz Ropars avait créé, essentiellement des rondes chantées ; bien qu’il est placé les chanteurs en dehors de la ronde, puis derrière des micros.

Breton, votre patrimoine englobe tout ce que vos aïeux vous ont légué, que ce soit des innovations plus ou moins récentes ou bien des traditions très anciennes. La durée et la permanence sont très importantes dans cette définition. Vous avez le choix entre des biens très rares et des folklores quelconques, libres à vous de privilégier les uns plutôt que les autres, mais ne comptez pas sur vos cousins Celtes ou d’autres peuples amis pour qu’ils les protègent à votre place. À vous d’identifier ce qui relève de la tradition de ce qui n’est qu’une mode dont la pérennité n’est pas assurée, pas facile.

Aujourd’hui, pour certains, le fest-noz est essentiellement une manifestation où des « groupes musicaux » produisent de la musique bretonne plus ou moins destinée à être dansée. Ce genre de musique est datée, elle ne s’est généralisée qu’à la suite d’Alan Stivell après 1970.

À côté de ces fest-noz dits pour jeunes, on rencontre des manifestations qui prétendent au même titre, tout en étant réellement que des bals folks, apparus eux aussi dans les années 70, et dont la particularité est la multiplication des danses. Ils sont aussi animés également par des « groupes musicaux. »

Faut-il éliminer les groupes des fest-noz, il ne faut pas exagérer, mais proposer des manifestations qui se dénomment « fest-noz » sans couple de sonneurs et/ou chanteurs n’apparait-il pas franchement abusif ?

Concours de gavottes - War'l Leur

Côté danse, hors de ses terres, on peut regretter que la Gavotte ait trop souvent subi une farandolisation accélérée (voir le dernier ouvrage de Jean-Michel Guilcher –˜— Danse traditionnelle et anciens milieux ruraux français).

P.-S. Et si les jeunes qui aujourd’hui reprochent à leurs grand-parents d’avoir abandonné la langue bretonne se voyaient accusés par leurs descendants d’avoir tué le fest-noz, détruit la tradition en voulant la moderniser, s’en servir pour se mettre en valeur…

Paroles de Ch’ ti Flamand

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