Le Monde souterrain était cette année le thème de DocumenTerre, le festival du film documentaire de Montignac (24) et de l’exposition qui lui était associée. Pour cette dernière, j’ai présenté deux photographies que vous trouverez ci-dessous et qui sont encore visibles au Pôle International de la Préhistoire des Eyzies jusqu’au 24 avril 2016.

Éclairage uniquement par lampes à huile

Grotte du menuisier avec reconstitution in situ d’art pariétal éclairage uniquement par lampes à huile en grès rose de type Lascaux

L’image d’entête a été réalisée dans la même cavité, à Valojoulx, mais avec un éclairage par lampes à acétylène type 1940. Ces éclairages par lampes à huile et lampes à acétylène ont été installés par  Thierry Félix & Didier Sébastianutti

Ces images ont été réalisées un peu par hasard, je ne fréquente pas ce monde-là, les trous et les cavités. Le monde des spéléologues, mais aussi de nos ancêtres dans ce pays du Pédigord et d’ailleurs qui utilisaient les cavités des roches calcaires pour s’abriter, se protéger et finalement les habiter. J’avais encore quelques autres images sous le coude qui auraient pu accompagner les deux premières.

Cluseau

Cluseau à Terrasson

À y réfléchir, je n’aime pas ce monde souterrain, au point que j’oublie même que je n’en suis pas si éloigné que je le voudrais ; dans ma famille, dans celle de mon épouse, le sous-sol, on le connaissait bien, trop bien probablement. Mais ce monde n’était pas le Club Med des touristes, des loisirs spéléologiques, ces explorateurs du dimanche et des vacances aux combinaisons de couleur fluo, vive, surtout rouge et jaune avec des équipements high-tech.
Non, celui de mes familles était bleu, le bleu de fosse, le bleu des mineurs de fond qui descendaient chaque jour sauf les dimanches justement. Le Bassin houiller du Nord-Pas-de-Calais, vous connaissez ? 1 200 km2, 1 250 000 habitants vivant majoritairement du charbon. Le monde des yeux bleus qui illuminaient ces visages noircis, salis des poussières de la houille. Aux grandes profondeurs, la chaleur est étouffante, on peut gagner 10° par kilomètre de profondeur, justement, dans l’ouest du bassin minier du Nord-Pas-de-Calais, on allait un peu au-delà de mille mètres ! Ce n’était pas une sinécure, pas des angoisses de touristes des profondeurs qui se font des frayeurs parce qu’ils n’ont pas surveillé la météo avant d’entreprendre leurs escapades. Non, pour le mineur, le risque était présent en permanence, les effondrements, les inondations ou les coups de grisou. Un risque sans commune mesure : en 1906 autour de Courrières, plus de cent kilomètres de galeries souterraines sont soufflés par un énorme coup de poussières qui fit bien plus de mille morts. Il fallut vingt jours pour ne sauver qu’un peu plus d’une dizaine de personnes.
Ces accidents sont récurrents dans les mines du Monde, quelques rares sont médiatisés, mais les lumières des médias se concentrent plus promptement sur quelques spéléologues que sur ces masses humaines de travailleurs anonymes.

Marqueur du travail des mineurs, leurs descendants ont sous les yeux ces montagnes de résidus miniers, les terrils qui auraient dû être arasés selon les réglementations qui imposent aux exploitations minières de remettre en état les lieux. Mais il n’en est rien, après de fortes pressions, une partie de ces terrils seront conservés comme des témoignages.

L'un des deux terrils de Loos-en-Gohelle (près de Lens) qui sont les plus hauts d'Europe avec une hauteur de 182 et 184 m

L’un des deux terrils de Loos-en-Gohelle (près de Lens) qui sont les plus hauts d’Europe avec une hauteur de 182 et 184 m

 

Quelques autres images réalisées à la grotte du Menuisier à Valojloulx

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